Entre rire et larme…"Battons-nous. Cherchons le beau, le vrai. Ayons enfin le courage des larmes. Et révérons la vie. Théodore Monod"

Cher Georges, grâce à Toi…je veux dire…un peu comme un exutoire…

« Ayant avecques lui toujours fait bon ménage
J’eusse aimé célébrer sans être inconvenant
Tendre corps féminin ton plus bel apanage
Que tous ceux qui l’ont vu disent hallucinant.

Ceût été mon ultime chant mon chant du cygne
Mon dernier billet doux mon message d’adieu
Or malheureusement les mots qui le désignent
Le disputent à l’exécrable à l’odieux.

C’est la grande pitié de la langue française,
C’est son talon d’Achille et c’est son déshonneur,
De n’offrir que des mots entachés de bassesse
À cet incomparable instrument de bonheur.

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques,
Tendre corps féminin, c’est fort malencontreux
Que ta fleur la plus douce et la plus érotique
Et la plus enivrante en ait un si scabreux.

Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres, pas plus, familier, coutumier,
Il est inexplicable, il est irrévocable,
Honte à celui-là qui l’employa le premier.

Honte à celui-là qui, par dépit, par gageure,
Dota du même terme, en son fiel venimeux,
Ce grand ami de l’homme et la cinglante injure,
Celui-là, c’est probable, en était un fameux.

Misogyne à coup sûr, asexué sans doute,
Au charme de Vénus absolument rétif,
Était ce bougre qui, toute honte bu’, toute,
Fit ce rapprochement, d’ailleurs intempestif.

La malepeste soit de cette homonymie!
C’est injuste, madame, et c’est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu’une foule de gens.

Fasse le ciel qu’un jour, dans un trait de génie
Un poète inspiré que Pégase soutient
Donne en effaçant d’un coup des siècles d’avanie
A cette vraie merveille un joli nom chrétien

En attendant madame il semblerait dommage
Et vos adorateurs en seraient tous peinés
D’aller perdre de vue que pour lui rendre hommage
Il est d’autre moyen et que je les connais
Et que je les connais.*
*Georges Brassens, évidemment. Le Blason.


Blason
Forme de poème court, datant du XVIe s. décrivant élogieusement ou satiriquement quelqu’un ou quelque chose

Les Blasons Anatomiques Du Corps Féminin (1536)
Clément Marot semble être à l’initiative de la publication en 1536 d’un ouvrage nommé « Les Blasons Anatomiques Du Corps Féminin ». Ce recueil rassemble plusieurs blasons honorant le corps féminin, sur le modèle l’épigramme du « Beau Tétin » qu’a écrit Clément Marot à l’intention de quelque belle demoiselle. Voici une nomenclature des Blasons qui composent cet ouvrage :
– la Chevelure blonde, par de Vauzelles
– le Coeur, par Albert le Grand
– la Cuisse, par Lelieur
– la Main, par Claude Chapuys
– l’Oeil, par A. Heroet
– l’Esprit, par Lancelot Carle
– la Bouche, par Victor Brodeau
– la Larme, par Maurice Sceve
– l’Oreille, par Albert le Grand
– le Sourcil, par Maurice Sceve

Il est fort à penser que cette liste n’était pas étrangère à Georges Brassens, et qu’il a pris coquin plaisir à la compléter.

A propos de la musique du blason
En 1969, le 3ème ou 4ème jour de son tour de chant à Bobino, Brassens a retiré du circuit  » le blason », parce que quelques-uns de ses amis avaient émis des doutes sur l’adéquation de la musique au texte et que ces réserves étaient partagées par le public. En 1972, les paroles furent assorties d’une mélodie qui leur convenait mieux et fit le beau succès qu’on connaît.

La forme du blason
Détail amusant qui n’aura pas échappé à GB, un blason, un vrai, qui porte les armes d’une famille noble, a la forme d’un écu, d’un triangle renversé… qui évoque souvent le sexe féminin.

Le titre modifié : précision
Lorsque GB a chanté la première version du « Blason » en 1969 (j’ai eu la chance de l’enregistrer à la radio), la chanson s’appelait « Révérence parler ». Elle comportait, au début, 5 strophes supplémentaires, supprimées ensuite.

01Ayant avecques lui toujours fait bon ménage,

Variante
Lors de la première, à Bobino, la chanson commençait ainsi :
« Avant de parvenir au déclin de mon âge / J’eusse… »
D’autres termes ont été changés également.
Autre variante
C’est vrai pour le Bobino de 1972. En 1969, il commençait par « Imitant de Marot l’élégant badinage »

Les 5 strophes disparues
Ma muse est sans conteste une franche poissarde
Qui n’a pas peur des mots, qui l’a prouvé déjà
Qui vous enfourche son Pégase à la hussarde
Qui plutôt deux fois qu’une appelle un chat un chat

N’ai-je pas dit putain, n’ai-je pas dit vérole
N’ai-je pas dit bordel, merde, que sais-je encore
Dans cette folle course aux triviales paroles
N’ai-je pas dès longtemps établi le record ?

Beau séant féminin t’ai-je pas dit en face,
Ayant troussé ta robe en un geste incongru,
Tu n’es que de la fesse et que grand bien nous fasse
Oui ou non, callipyge, ai-je chanté ton cul ?

Cependant n’en déplaise aux prudes imbéciles,
Ne pas mâcher les mots c’est un art délicat
Nommer un chat un chat c’est souvent difficile
Parfois même impossible, aujourd’hui c’est le cas

Car avant de partir sur la barque fatale
Pour je ne sais quel vague et morne terminus
J’eusse aimé célébrer sans causer de scandale
Le plus noble de tous les blasons de Vénus

Imitant de Marot l’élégant badinage,
J’eusse aimé célébrer sans être inconvenant…

J’eusse aimé célébrer, sans être inconvenant,

Inconvenant
La syllabe « con » est particulièrement mise en évidence, par la façon dont Brassens chante.

03Tendre corps féminin, ton plus bel apanage,

04Que tous ceux qui l’ont vu disent hallucinant.

05C’eût été mon ultime chant, mon chant du cygne,

06Mon dernier billet doux, mon message d’adieu.

07Or malheureusement les mots qui le désignent

08Le disputent à l’exécrable, à l’odieux.

09C’est la grande pitié de la langue française,

10C’est son talon d’Achille et c’est son déshonneur

11De n’offrir que des mots entachés de bassesse

12À cet incomparable instrument de bonheur.

13Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques,

Variante
Cette strophe ne figurait pas dans la première version.
Cette strophe remplace 6 strophes d’une version plus ancienne:
Au jardin de mon père on se nomme glycine

On se nomme pervenche, on se nomme dahlia
On se nomme azalée, liseron, capucine
On se nomme muguet, bouton d’or, camélia

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques
Des noms si bienvenus à bon droit je me plains
Que cette fine fleur, cette fleur érotique
La fleur par excellence en ait de si vilains

Si vous pérégrinez à travers le royaume
Vous trouvez des pays qu’on appelle Orléans
Beaugency, Notre Dame de Cléry, Vendôme
Des séquelles de noms tout à fait bienséants

Alors que tant de lieux ont des noms poétiques
Des noms si bienvenus, à bon droit je me plains
Que ce havre de grâce, ce séjour érotique
Ce pays de cocagne en ait de si vilains

Chez le diamantaire on se nomme topaze
On se nomme turquoise, on se nomme rubis
On se nomme améthyste, aigue-marine, opale
On se nomme saphir ou lapis-lazuli

Alors que tant de pierres ont des noms poétiques
Des noms si bienvenus à bon droit je me plains
Que ce bijou précieux, ce trésor érotique
La perle parangon en ait de si vilains

Complément
« Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme… »
Refrain d’une vieille chanson française, repris da capo et à quatre voix par le « super group » américain Crosby Stills Nash & Young sur le 30cm qui portait ce nom (Super Group). Une merveille.

14Tendre corps féminin, c’est fort malencontreux

15Que ta fleur la plus douce et la plus érotique,

16Et la plus enivrante, en ait de si scabreux.

Variante
Cette strophe remplace une autre strophe disparue :

Rien que des chapelets de termes argotiques
Bons pour la poissonnière ou pour le turlupin
Ou, plus fâcheuse encore et plus inesthétique,
La froide terminologie des carabins.

17Mais le pire de tous est un petit vocable

18De trois lettres, pas plus, familier, coutumier,

19Il est inexplicable, il est irrévocable,

20Honte à celui-là qui l’employa le premier.

21Honte à celui-là qui, par dépit, par gageure,

22Dota du même terme, en son fiel venimeux,

23Ce grand ami de l’homme et la cinglante injure,

24Celui-là, c’est probable, en était un fameux.

Vous l’aviez devine sans doute…
Un fameux con bien sur.

25Misogyne à coup sûr, asexué sans doute,

Variante
Pédéraste à la place d’asexué
[26Aux charmes de Vénus absolument rétif

27Était ce bougre qui, toute honte bue, toute,

28Fit ce rapprochement d’ailleurs intempestif.

29La malepeste soit de cette homonymie !

Homonymie
Cette homonymie n’a pas gêné Pierre Perret, qui a consacré une de ses plus belles chansons au « joli mot con ».

[contact auteur : Jean-François Burlot] –

Complément
La chanson de Pierre Perret est intitulée : Celui d’Alice
Homonymie
En fait, il s’agit plutôt de synonymie. Le joli mot con vient de connil, ou connin, qui signifiait autrefois lapin (cf. coniglio en italien). Ce petit animal à fourrure câline désignait le sexe féminin comme aujourd’hui la chatte. Par ailleurs, dans les fabliaux et les fables, Jeannot Lapin était souvent le benêt, l’imbécile de service face au rusé Renard ou au Loup cruel. De là à penser « con comme un lapin », il n’y avait qu’un pas.

30C’est injuste, Madame, et c’est désobligeant

31Que ce morceau de roi de votre anatomie

Variante (première version)
Que le plus beau fleuron de votre anatomie

[contact auteur : Jean-Yves E.]

32Porte le même nom qu’une foule de gens.

Foule:
Le pluriel ne vaut rien à l´homme et sitôt qu´on
Est plus de quatre on est une bande de cons.

33Fasse le ciel qu’un jour dans un trait de génie

Variante
Cette strophe ne figurait pas dans la première version
Strophe supprimée
Restons-en là, Madame, il s’avère impossible
De désigner d’un nom tout à fait opportun
Cette pure merveille : elle est inexpressible
Et je perdrais le mien en lui en cherchant un !
34Un poète inspiré, que Pégase soutient,

Pégase
Pégase, d’un coup de sabot, fit jaillir une source où vinrent s’abreuver les poètes. Ainsi l’expression « enfourcher Pégase » signifie « avoir de l’inspiration ».
35Donne, effaçant d’un coup des siècles d’avanie,

36À cette vraie merveille un joli nom chrétien.

37En attendant, madame, il semblerait dommage,

38Et vos adorateurs en seraient tous peinés,

Variante
Mais je nourris l’espoir d’être (un peu? enfin? un jour?) pardonné
En rappelant ici que pour lui rendre hommage
Il est d’autres moyens et que je les connais
Complément
Le premier vers de cette variante dans la première version :
Elle est inexpressible hélas et c’est dommage
Mais je nourris l’espoir d’être un peu pardonné

39D’aller perdre de vue que pour lui rendre hommage

40Il est d’autres moyens et que je les connais

41Et que je les connais.

Con-nais
Il doit être bien difficile pour une femme de ne pas ressentir la tendresse et le respect dont Georges Brassens fait ici preuve à leur égard. Magnifique hommage sur un sujet bien délicat à traiter et notez que par deux fois, il utilise le terme « madame », en signe d’humilité manifeste.

Les monologues du vagin sont aujourd’hui la pièce la plus jouée dans le monde, provoquant toujours le courroux et la censure, que ce soit en Chine, au Nigeria, dans les pays arabes ou aux Etats-Unis où, en 2007, des lycéennes qui en avaient lu des extraits lors d’une soirée scolaire ont été renvoyées!

Censure encore et ce qu’en pensent les hommes

Il n’y a pas qu’en Ouganda que la censure se poursuit envers ce texte qui réconcilie les femmes avec leur sexe et qui dénonce les actes de violence dont elles sont toujours victimes, y compris en occident. (En France, on estime à 48000, le nombre annuel de viols).

Malgré leur prétendue parité et leur « liberté d’expression » qu’ils portent en étendard, les pays occidentaux sont parfois le théâtre d’une censure surprenante.

Sur un forum, parlant des Monologues du vagin, on peut lire les commentaires suivants laissés par des hommes :

« Je suis un homme et je n’irais jamais voir ce spectacle. J’aurais l’impression de me transformer en gynécologue.
J’aime transcender l’amour car je suis un romantique. Et le réduire à ce mot cru et anatomique, a pour effet chez moi de tuer l’amour. »

« Je n’ai aucun pb avec le sexe et suis même très sensuel et satisfait. Mais je combattrai toujours le fait de vouloir réduire une femme à un organe sexuel. Une femme doit inspirer d’autres sentiments plus élevés, afin que l’acte amoureux soit plus fort et transcendé, même si prosaïquement cela se termine toujours de la même façon. »

Les plaisanteries graveleuses et les tabous sur le sexe féminin ont encore la vie dure et la presse n »hésite pas a s’en faire l’écho.

Heureusement, certains hommes quittent les rives du sexisme lourdingue.

Celui-ci par exemple qui s’exprimait également sur le forum de psychologies.com :

« Des amies ont montées cette pièce & en tant qu’homme, c’était vraiment excellent. Ça n’a rien à voir avec une perspective « crue & anatomique » qui serait un tue-l’amour. C’est au contraire un point de vue – sur l’importance de la sexualité – que l’on n’a pas toujours en tant qu’homme ou femme.
On passe des rires aux larmes en quelque instant, du sérieux de la prostitution, voire au tragique du viol, à des considérations bien plus légères sur la masturbation féminine & ses tabous…
Bref, tout ce dont votre copine ne vous parlera jamais. A quand donc les monologues mixtes…? »

Bref, une pièce que j’encourage toutes et tous à aller voir. En particulier les jeunes filles qui ne devraient plus subir, en 2009, ce que leurs mères et grands mères ont accepté : une sexualité bridée et le rejet de leur intimité.


 

 

 

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4 Réponses

  1. Solitaire

    Dommage,je n\’ai plus de temps cette nuit,et je suis marri de ne pas passer souvent "chez toi",mais,crois moi je te prie,je repasserais bientôtMerci pour les magnifiques diaporamas et l\’hommage de Brassens au plus bel appanage de la femme.F.

    9 juin 2009 à 3 h 20 min

  2. Le lampiste

    Bien commode, ce billet à tiroirs ! C\’eu été dommage de ne pas écouter ce "Blason" de Brassens et joué en arpège en plus.Bon dimanche amie.Raph.

    12 juillet 2009 à 9 h 52 min

  3. Rolland de Roncevaux

    Eva, je découvre!
    Tu nous avais caché ce billet.
    bien dommage….j’apprécie et surtout, bien qu’ayant entendu dans les temps jadis!, cette chanson interprétée par Brassens….je n’avais pas vraiment fait…comment dire…le rapprochement!

    c’est très détaillé et bien instructif
    je vais dire à mon Inégalable de venir te lire.

    nous avons été heureux de ce bon moment passé avec Toi et…hier soir.
    bacio – A très vite

    28 novembre 2010 à 22 h 33 min

    • Tu es très en retard!! tes DEUX ailes ne te font pas avancer plus vite!
      Comme tu as pu le lire…il y a un certain temps que je l’avais commis!!
      tu devais être encore en train de guerroyer, ou de chanter, ou de….courtiser Ton Inégalable!

      A ce soir pour la bonne cause comme on dit…!
      kisos kisos

      4 décembre 2010 à 10 h 18 min

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